Le
nuraghe "de base" est une seule tour ronde, un tronc
de cône à très faible pente, dont le diamètre
varie de 8 à 12 mètres, pour une hauteur allant
de 15 à 20 mètres et plus. |
Mon
nuraghe est plus haut que le tien !...
Le nuraghe se construisait par rangs
hélicoïdaux de moellons plus ou moins taillés,
maintenus par des cales de pierre et joints au mortier de boue.
Les bâtisseurs combinaient des techniques orthostatiques
indigènes et
des éléments
architecturaux cyclopéens (linteaux et tholos) empruntés
à d'autres cultures méditerranéennes.
La plate-forme sommitale pouvait être
élargie par un surplomb de bois ou, luxe très exceptionnel,
de pierres taillées et finement ajustées en encorbellement.
Le
grand nombre des tours bâties en Sardaigne (quelque 9.000
exemplaires) suggère que la mise en oeuvre dépendait
d'une recette assez simple pour être largement divulguée.
Toute construction circulaire peut se faire autour d'un poteau :
sur cet axe, le déplacement progressif de cordes tendues
permet de former une coupole régulière (tholos),
une paroi tronconique externe et, entre les deux, un escalier
hélicoïdal. Les nuraghi ont pu été
construits selon cette méthode qui, hélas, laisse
entiers les problèmes de transport, de levage et de mise
en place des monolithes. |
Le nuraghe occupe de préférence
un relief remarquable,
même au prix d'un accès difficile. La valeur stratégique
du positionnement n'est pas toujours évidente mais, le critère
déterminant le lieu du site a pu être la valeur sacrée
accordée aux élévations, déjà
manifestée par les constructions proto-nuragiques.
Aussi,
le nuraghe est un poste de surveillance et de communication à
vue, tandis que son volume intérieur peut largement servir
au stockage de denrées périssables ou de produits
précieux.
Enfin, il est indéniable
qu'en participant à une mise en scène délibérée
du paysage, la tour circulaire, symbole phallique s'il en est, exprime
magnifiquement la puissance de son promoteur.
... Oui,
mais le mien est bien plus gros !
L'accès au nuraghe simple est assez
fréquemment protégé par un mur enserrant une
cour exiguë.
Puis,
soit contre, soit à deux pas de la première tour, il
advient qu'on en élève une seconde, puis une troisième,
chacune déterminant de nouvelles cours, cernées de nouvelles
murailles.
Ainsi, d'ajout en ajout, l'élaboration
des plus grands nuraghi a-t-elle continué jusqu'à
ce qu'ils deviennent, après le milieu du second millénaire
av.JC, de véritables forteresses constituées d'un
groupe de tours entouré de bastions communiquant entre eux.
Ces ensembles exceptionnels présentent
de nombreuses similitudes, mais leurs différences en dimensions
et en complexité, démontrent ostensiblement le niveau
de puissance et de richesse de leurs occupants respectifs. Ces
places-fortes ont sûrement été les centres d'un
pouvoir politique sacralisé qui assurait la cohésion
des nations nuragiques.
Visite
d'un nuraghe à tholos :
Selon
l'aménagement du volume intérieur, on distingue
2 types de nuraghe :
- à couloir
transversal, selon le plan le plus archaïque.
- à tholos,
belle chambre circulaire dont la paroi se resserre progressivement
vers le haut pour former une coupole étirée. |
L'entrée,
surmontée d'un énorme linteau monolithique, ne montre
pas trace de porte. Elle est invariablement étroite et, la
plupart du temps, surbaissée.
L'ayant passée,
on traverse la paroi du nuraghe par un corridor de quelques mètres,
dans les côtés duquel on trouve normalement une ou deux
grandes niches et (presque toujours à gauche) l'ouverture d'un
escalier intérieur.
Cet
escalier, construit dans l'épaisseur des murs, donne accès
aux parties supérieures de la tour, parfois une seconde chambre
en tholos formant étage intermédiaire ou, dans tous
les cas, une plate-forme sommitale.
Au bout du corridor d'accès, se trouve le tholos : encerclant
le sol sur une dizaine de mètres, sa paroi courbe monte vers
la clef de voûte et montre une surface plus ou moins régulière,
selon l'habilité de son constructeur. Dans les grandes tours,
une ou plusieurs niches peuvent avoir été réservées
à la base de cette paroi.
Si par chance le tholos est en bon état, on constate qu'il
ne comporte qu'une seule ouverture : celle que l'on vient de franchir.
L'endroit est donc assez ténébreux et on ne peut y allumer
un feu sans s'y enfumer. On conçoit alors qu'aucun des ingénieux
nuragiques n'aurait consenti à loger en ce lieu : ceci
n'est pas un habitat...
L'habitat
et la vie quotidienne au temps des nuraghi :
S'il n'est de nuraghe sans
vestiges d'au moins un village, la plupart des villages nuragiques
étaient sans nuraghe. Pour la plupart des implantations, le
terme même de village est d'ailleurs excessif : il s'agirait
plutôt d'une poignée d'habitations, îlots constitutifs
d'un maillage territorial homogène mais de faible densité,
satisfaisant à une économie de subsistance.
Les
habitations étaient des huttes
généralement
circulaires, larges de 5 à 8 mètres, faites d'un muret
de pierre sur lequel s'appuyait le cône d'un toit de branchages
couvert de broussailles, genêts, bruyères ou autres,
selon les régions.
Parfois, deux ou trois huttes communiquaient entre elle, formant une
unité d'habitation plurispatiale. Les ensembles les plus sophistiqués,
probablement ceux abritant une famille particulièrement affluente,
comptaient plusieurs unités plurispatiales
disposées autour d'une cour commune.
Le legs des villageois aux archéologues est assez mince : divers
outils de meulage ou de broyage et des poteries ayant servi au stockage
des denrées alimentaires, du grain et de l'avoine, du raisin
et des amandes. L'alimentation carnée des proto-sardes dépendait
autant des produits de la chasse que de ceux des troupeaux de chèvres
et moutons. Chaque village traitait sa laine et produisait ses fromages.
Beaucoup plus rarement, un atelier métallurgique fournissait
des objets de cuivre ou de bronze. Le travail intensif de l'obsidienne,
lui, a persisté pendant toute l'époque nuragique.
Le
petit temple de Su
Tempiesu
(Orune)
magnifie un phénomène naturel en captant une source
qui coule goutte à goutte depuis l'époque de la
construction, il y a 3.000 ans. L'ensemble du monument et divers
de ses éléments architecturaux composent un hymne
manifeste à la féminité.
Tous
les dix-huit ans et demi, la lune vient à l'aplomb du Puits
Sacré de Santa
Cristina (Paulilatino) et en illumine les profondeurs.
Prochaine démonstration à la pleine lune de juin 2007.
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Le
culte de l'eau :
La facette la plus attestée
de la vie religieuse et spirituelle des populations nuragiques est
celle d'un culte rendu aux eau, pour lequel ils ont construits quelques
dizaines de sanctuaires, génériquement appelés
Puits Sacrés, bien qu'ils aient
souvent été placés sur une source.
Quand
ce culte est tombé en désuétude, les sanctuaires
construits sur des sources ont été convertis en fontaines
publiques et c'est sans doute pourquoi la plupart des vestiges de
temples ondins sont des Puits Sacrés
où, typiquement, un escalier rectiligne descend au niveau
de la nappe aquifère.
Comme
le prouvent des offrandes découvertes dans les eaux d'Abini
(Teti) ou de Sos Malavidos (Orani),
le culte de l'eau se pratiquait déjà pendant la période
proto-nuragique, puis il a été perpétué
pendant plus de deux millénaires.
A
proximité des sources ou dans les vasques aménagées,
les fouilles archéologiques ont révélé
d'importants dépôts d'offrandes votives qui constituent
la majeur partie du trésor nuragique : statuettes de bronze,
bijoux et divers objets précieux, soit de fabrication indigène,
soit importés.
A proximité du Puit Sacré,
s'étendait parfois un grand village, le sanctuaire faisant
alors partie d'un complexe nuragique.
Il semble que les Puits Sacrés
étaient la propriété des clans locaux et que
certains d'entre eux étaient de grands centres religieux,
points de rencontre des clans, tribus ou confédérations
Nuragiques, lieux de cérémonies mais aussi de palabres,
de marchés et de fêtes. Selon l'historien Strabon,
c'est en prenant le contrôle de ces centres que les envahisseurs
Romains ont réussi à "pacifier" l'île
des Bâtisseurs de Tours.
Dans la Sardaigne
d'aujourd'hui, certains aspects des festivités nuragiques
semblent transparaître lors des pèlerinages aux églises
champêtres, innombrables et presque toujours placées
près d'une source...
Les
Tombes de Géants :
On
dit que les premières Tombes de Géants étaient
orientées vers la Croix du Sud, constellation observable
en Sardaigne au troisième millénaire av. JC (?).
Selon les initiés, c'est à l'intersection des
courants d'énergie spirituelle que la pierre phallique
féconde la Terre.
En ce point, se pratique encore un rite millénaire :
après y être resté 5 jours et nuits, le
néophyte explore des états de conscience modifiée
et reçoit des messages propitiatoires ou de guérison.
La Tombe de Géant le plus propice à cette incubation
serait celle de Li Mizzani (Palau).
Sis dans un bosquet de lentisques, plante réputée
thérapeutiques, comme la roche sur laquelle il se dresse,
Li Mizzani est proche d'un village
minuscule mais ne comptant pas moins de 23 églises et
dont le toponyme "Luogosanto" prouve, s'il en était
besoin, la sacralité de ce terroir... |
Monuments funéraires
classiques de la culture nuragique, les Tombes
de Géants sont des sépultures collectives dont
la structure générale évoque les "allées
couvertes" bien connues en France.
Chacune des quelques
500 Tombes de Géants répertoriées
en Sardaigne se trouve près d'un nuraghe ou du village attenant.
Ces tombes semblent avoir été réservées
à la classe socio-économique la plus opulente. Des
urnes de terre cuite contenaient les ossements, préalablement
décharnés. L'ethnologie moderne suggère que
cette pratique funéraire puisse avoir été accompagnée
de cannibalisme rituel.
Le tombeau est un couloir semi-enterré, aux parois appareillées
en pierre sèche, au plafond de dalles plus ou moins ajustées.
L'allée couverte pouvait être augmentée d'un
remblai de terre, lui donnant l'aspect d'un tertre bas et allongé
qu'il fallait ouvrir lors des inhumations.
Le
caractère remarquable et esthétique des Tombes
de Géants tient en une fine lame de pierre, longue
de 3 à 4 mètres et épaisse de seulement 2 à
3 décimètres, dressée à une extrémité
de la sépulture. L'embossage de cette stèle dessine
une courbe élégante soulignant sa forme générale
et divisant sa surface en deux. A la base, une ouverture guère
plus grande qu'une chatière ne pouvait servir qu'au dépôt
d'offrandes : le monolithe évoque une porte ouverte
(ou fermée) sur l'au-delà, mais dont les clefs semblent
irrémédiablement perdues.
De part et d'autre
de la stèle, un rang de dalles levées délimitent
un parvis semi-circulaire, lieu des célébrations funéraires.
Pour la plupart,
les Tombes de Géants sont difficiles
à identifier hors reconnaissance archéologique et celles présentant
encore leur fragile stèle frontale sont rarissimes.
Parmi celles-ci : Li
Loghi et Coddu
Vecchiu (Arzachena), Imberthigue
près de (Borore).
La
Sardaigne nuragique et le monde extérieur :
A l'aube de la civilisation
nuragique, c'est à dire entre la fin du III° millénaire
et les débuts du II° millénaire av.JC, le commerce
transméditerranéen n'est plus ce qu'il était.
Certes, les poteries "Beaker" continuent à transiter
par la Sardaigne, mais elles sont l'unique lien dynamique des relations
extra-insulaires.
Il
est certain que, quand le commerce avec Chypre battait son plein,
la Sardaigne a développé d'intenses relations
avec le monde mycénien.
Mais il est pour le moins improbable que se soient des Sardes,
appelés Sherden ou Shardana
dans l'Est méditerranéen, qui aient transporté
les articles orientaux découverts dans leurs nuraghe.
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C'est vers le milieu du
II° millénaire que les échanges internationaux trouvent
une nouvelle vigueur, et l'île des "Bâtisseurs de
Tours" sa juste place au sein du réseau maritime qui relie
alors le Proche-Orient à l'Europe du Nord-Ouest. Ce regain
coïncide d'ailleurs avec la complétion des plus grandes
et plus puissantes forteresses nuragiques, dont celles de Barumini,
Arrubiu et Torralba.
Chypre est devenue
le noeud autour duquel s'organise le réseau marchand oriental,
et les relations commerciales entre cette île et la Sardaigne
vont atteindre leur niveau optimal aux alentours de 1.400 av.JC, pour
continuer jusqu'à la fin du millénaire.
Cette période florissante est marquée par l'hégémonie
des grandes cités-états méditerranéennes.
Pendant ce temps, malgré son homogénéité
culturelle, la société nuragique paraît divisée
en une multitude de communautés autarciques jalouses les unes
des autres, unies seulement par une hiérarchie tribale probablement
fluctuante.
Pourquoi à la différence des Phéniciens, des
Grecs et des Etrusques, les Sardes n'entrèrent-ils pas dans
l'ère de la communication écrite ? Et pourquoi la cité
nuragique, centre commercial ou siège administratif, semble
ne jamais avoir été construite ? |