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La Sardaigne Préhistorique
La Pierre et le Temps
Les Routes de l'Obsidienne
Les Premiers Villages
La Culture d'Ozieri

 

Genèse du Nuraghe
Le Guerrier et le Prêtre
L'Ile aux Portes de l'Europe
La Quadrature du Tertre
Les Bâtisseurs de Tours
Mon Nuraghe est plus Haut que le Tien ...
... Oui, mais le Mien est bien plus Gros
Visite d'un Nuraghe à Tholos
Habitat et Vie Quotidienne
Le Culte de l'Eau
Les Tombes de Géants
Les Relations Extérieures
Les Sardo-Puniques
Les Commerçants Phéniciens
L'Ile Carthaginoise

La Pierre et le Temps

Des outils de silex éclaté à Rio Altana (Perfugas), puis d'os taillé et d'obsidienne aux Grottes de Guruppu (Oliéna) témoignent de la présence intermittente, il y a un demi-million d'années, de groupes de chasseurs-cueilleurs.
Les routes de l'obsidienne :
Il y a 10.000 ans, l'obsidienne sarde faisait déjà route vers le continent : on la retrouve sur de nombreux sites néolithiques corses, ligures, lombards, provençaux et catalans :
l'obsidienne, roche volcanique dotée de hautes qualités mécaniques comme d'un esthétisme précieux, était universellement recherchée.
D'abondant gisements existent encore dans les flancs d'un des volcans éteints du Sud-Ouest Sarde, le Mont Arci. A l'Age de Pierre, les nodules d'obsidienne devaient se trouver aisément dans les zones d'érosion ou le lit des rivières environnantes.
La technique de taille est similaire à celle du silex : à la surface du bloc, s'aidant d'un percuteur de pierre ou de corne, l'artisan détache des lamelles aux arêtes extrêmement tranchantes. Le noyau résiduel (nucleus) se prête à la fabrication d'outils de frappe ou de bijoux.
L'extraction et l'exportation de l'obsidienne seront les facteurs des premiers développements socioculturels de l'île et ces activités vont être perpétuées jusqu'au-delà des âges métalliques.

Pendant cette paisible période, l'exportation de l'obsidienne augmente notablement.
Il est vraisemblable que les populations de l'intérieur aient pris le contrôle des zones d'exploitation et qu'un réseau d'échange avec les villages côtiers ait alors été instauré, avec une structuration socio-économique plus affirmée, que révèlent les fines poteries et les bijoux trouvés sur les sites funéraires. Parallèlement, apparaissent les premières traces de contact avec les cultures prospérant dans les Balkans et l'Orient méditerranéen.
Les premiers villages :
Au début du VI° millénaire av.JC, probablement en retour à l'exportation de l'obsidienne, la technique de la poterie dite "cordée" arrive du continent, via la Corse, pour se répandre sur les zones littorales de Sardaigne et aussi, plus faiblement, à l'intérieur. Cet apport caractérise la culture dite de Filestru puis, dès le milieu du V° millénaire av.JC, celle dite de Bonu Ighinu.
TortoliLa faible capacité des habitats généralement cavernicoles du type Filestru donne l'image de petits groupes, peut-être de simples unités familiales, subsistant par la chasse et la cueillette que supplémentent un peu d'élevage caprin et de modestes cultures (céréales et légumes).
Progressivement, les populations du type Bonu Ighinu délaissent leurs cavernes pour des huttes groupées en villages lesquels, au fil des générations, vont continuer à s'étendre. On remarque que l'implantation des sites favorise avant tout l'exploitation des vallées les plus fertiles, sans que les positions défensives aient été retenues.


Rencontres avec des navigateurs venus de l'est :
Les contacts orientaux de la période Bonu Ighinu sont les prémices d'interactions déterminantes pour l'avenir des cultures proto-sardes : c'est que l'aube du quatrième millénaire av.JC est marquée, en Egypte comme dans le Sud-Est européen, par d'éclatants et souvent rapides progrès qui génèrent une prospérité sans précédent dont les effets se font sentir jusqu'aux confins du bassin occidental de la Méditerranée.
Déjà, avant les héros chantés par Homère, d'audacieux navigateurs explorent alors les côtes de la grande île. Attirés par ses indispensables aiguades, ils hâlent leurs embarcations sur les plages et négocient le droit d'accès avec les populations locales, semant ainsi les germes d'une nouvelle culture, dite d'Ozieri (ou San Michele).


Bien que leur usage funéraire soit avéré, les ensembles mégalithiques ont pu aussi servir à mesurer la course des astres, science sans laquelle les travaux agricoles n'auraient pas eu le succès qu'on leur connaît.
Il s'agirait alors bel et bien, selon une formule donnant une juste idée de la qualité primordiale des rites pratiqués autour des pierres dressées, d'outils à "inventer le temps"
.
La culture d'Ozieri :
De 4.000 à 3.200 av.JC, l'accroissement spectaculaire de la population sarde, peut-être mêlée d'immigrants, provoque l'occupation dense des territoires fertiles du sud et du sud-est de l'île.
Tandis que quelques cavernes restent habitées ou que d'anciens villages comme Cùccuru Is Arrius (Cabras) s'étendent davantage, nombre de nouvelles implantations apparaissent, souvent sur lescrêtes dominant les terres cultivées, mais sans que leurs habitants jugent nécessaire de les doter d'enceintes protectrices.
Les premiers ouvrages mégalithiques se multiplient : on assemble l'imposant dolmen de Sa Coveccada (Mores) et on grave l'énigmatique menhir de Laconi; à Pranu Mutteddu (Goni) on lève et on aligne une soixantaine de grandes roches aux formes vaguement anthropomorphiques; à Li Muri (Arzachena) on dresse les pierres pour former des cercles de plusieurs mètres de diamètre...
Domus de JanasCes réalisations signent de profonds changements socio-économiques et, particulièrement, un renforcement des hiérarchies qui se manifeste dans l'art funéraire :
Abusivement baptisé "ziggourat", le tertre d'Accodi est une élévation quadrangulaire plate, munie d'une rampe et maintenue par un assemblage orthostatique de gros blocs de pierre à peine équarris, technique que les constructeurs de nuraghi vont re-utiliser.
Un autel monolithique, vestige d'un probable sanctuaire, orne la plate-forme du monument.
En contrebas, deux menhirs symboliseraient le couple divin originel, et une mystérieuse pierre sphérique, dite "solaire" ou "omphalos" (nombril du monde), schématisait peut-être la voûte céleste, avec la Voie Lactée.
c'est pour des défunts de marque, préalablement décharnés, qu'on creuse dans les formations rocheuses proches des grands villages du littoral, les premières sépultures dites Domus de Janas, dont les vestiges constituent aujourd'hui le témoignage le plus apparent de la culture d'Ozieri.

Aussi, avant le milieu de ce IV° millénaire av.JC, les premiers objets métalliques, de cuivre et d'argent apparaissent dans les tombes. Ces artefacts ont pu être importés, mais ils peuvent aussi avoir été produits localement puisqu'on a découvert à Su Coddu (Selargius) les traces d'une activité métallurgique contemporaine.

Que les secrets de l'extraction du minerai et de sa transformation aient été connus en Sardaigne pendant la période d'Ozieri donne idée de la pérennité de cette culture, déjà si dynamique et prolifique.
Enfin, vers 3.200 av.JC, on construit le village de Monte d'Accoddi (Sassari) et son fameux monument mégalithique, le plus grand du genre en Méditerranée occidentale.


Genèse du Nuraghe

Sur le terrain archéologique, les deux cultures d'Albealzu et de Monte Claro ne cessent de s'entremêler et d'incorporer des éléments venus des périodes précédentes.
Ainsi, la nécropole "nordiste" de Su Cuaddu de Nixias (Lunamatrona) recèle de la poterie "sudiste" du type Monte Claro dans une tombe à ciste déjà ancienne, elle-même re-aménagée en tombe-galerie, prototype des futurs monuments funéraires nuragiques : les Tombes de Géants.

Le guerrier et le prêtre :
Dès la fin du IV° millénaire av.JC l'homogénéité du type culturel d'Ozieri se délite en multiples variantes régionales. On identifie cependant deux tendances principales : celle de la région nord-centre (Albealzu, près de Filigosa) et celle du sud-ouest (Monte Claro, près d'Oristano).
Entre 3.000 à 2.250 av.JC, la pression démographique persistante, le développement de l'industrie du bronze et le fléchissement subséquent du marché de l'obsidienne, attisent ce "melting-pot" archaïque où l'on perçoit les éléments caractéristiques d'une société nouvelle.
Ainsi, les ouvrages mégalithiques prennent un aspect défensif, inconnu jusqu'alors. C'est clairement le cas pour le village bâti au sommet du Mont Ossoni (Castelsardo), fortifié d'une muraille. Pareillement, la forteresse du Mont Baranda (Olmedo), qui commande les sources alimentant une plaine fertile, comporte un cercle de menhir du type Ozieri, certes, mais aussi un enclos fortifié au plan en fer à cheval, d'ailleurs avant-modèle des proto-nuraghi.
Le village de Biriai (Oliena), bâti au pied d'une hauteur coiffée d'un sanctuaire, n'est pas fortifié mais il est pourtant remarquable : on y trouve un groupe des huttes quadrangulaires où vivaient probablement les membres d'une classe sacerdotale, ce qui constitue une autre innovation de premier ordre.


L'île aux portes de l'Europe :
Suggérant que, malgré les changements en cours, les relations extra-insulaires ont été maintenues, l'architecture et la poterie de type Monte Claro présentent de remarquables similitudes avec celles des cultures contemporaines de Provence, d'Italie méridionale et de Sicile.
Egalement, à partir de 3.000 av.JC, la présence récurrente de poteries plus fonctionnelles (type dit "Bell-Beaker") venues de la Méditerranée orientale, prouve la continuité des relations entre cette autre partie du monde et la Sardaigne.
Au prochain millénaire, le style Beaker sera même une constante de la culture dite de Bonnanaro (Sassari). Il est démontré par ailleurs que l'île devient un relais essentiel sur la route maritime des poteries Beaker qui vont conquérir, au sens affectif du terme, l'Europe occidentale.


La quadrature du tertre :
Pendant la deuxième partie du III° millénaire av.J.C., l'architecture mégalithique continue à évoluer radicalement, jusqu'à produire les monuments fortifiés désignés sous le terme générique de proto-nuraghe.
Les premières de ces constructions paraissent reprendre les particularités du vieux tertre d'Accoddi : ce sont des élévations plates, bâties sur un plan quadrangulaire, puis ovoïde, puis circulaire. Conformément au modèle, la terrasse porte une ou plusieurs huttes et, dans la plupart des cas, un escalier mène à la plate-forme.
Ressemblances toutes superficielles, car le tertre cache une nouveauté importante : il est creusé d'une galerie et/ou d'une chambre souterraine, exact contraire des sanctuaires mégalithiques d'antan, bâtis à ciel ouvert.
Rapidement, ces éléments cachés vont évoluer en systèmes plus complexes et les constructeurs, qu'on peut imaginer soucieux d'assurer la solidité de la pesante structure, vont finalement opter pour le plafond en ogive, qui préfigure le tholos des tours nuragiques.

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Les Bâtisseurs de Tours

Le nuraghe "de base" est une seule tour ronde, un tronc de cône à très faible pente, dont le diamètre varie de 8 à 12 mètres, pour une hauteur allant de 15 à 20 mètres et plus.
Mon nuraghe est plus haut que le tien !...
Nuraghe Lighe

Le nuraghe se construisait par rangs hélicoïdaux de moellons plus ou moins taillés, maintenus par des cales de pierre et joints au mortier de boue.
Les bâtisseurs combinaient des techniques orthostatiques indigènes et des éléments architecturaux cyclopéens (linteaux et tholos) empruntés à d'autres cultures méditerranéennes.

La plate-forme sommitale pouvait être élargie par un surplomb de bois ou, luxe très exceptionnel, de pierres taillées et finement ajustées en encorbellement.

Le grand nombre des tours bâties en Sardaigne (quelque 9.000 exemplaires) suggère que la mise en oeuvre dépendait d'une recette assez simple pour être largement divulguée.
Toute construction circulaire peut se faire autour d'un poteau : sur cet axe, le déplacement progressif de cordes tendues permet de former une coupole régulière (tholos), une paroi tronconique externe et, entre les deux, un escalier hélicoïdal. Les nuraghi ont pu été construits selon cette méthode qui, hélas, laisse entiers les problèmes de transport, de levage et de mise en place des monolithes.

Le nuraghe occupe de préférence un relief remarquable, même au prix d'un accès difficile. La valeur stratégique du positionnement n'est pas toujours évidente mais, le critère déterminant le lieu du site a pu être la valeur sacrée accordée aux élévations, déjà manifestée par les constructions proto-nuragiques.
Nur. ArdassaiAussi, le nuraghe est un poste de surveillance et de communication à vue, tandis que son volume intérieur peut largement servir au stockage de denrées périssables ou de produits précieux.
Enfin, il est indéniable qu'en participant à une mise en scène délibérée du paysage, la tour circulaire, symbole phallique s'il en est, exprime magnifiquement la puissance de son promoteur.


... Oui, mais le mien est bien plus gros !
L'accès au nuraghe simple est assez fréquemment protégé par un mur enserrant une cour exiguë.
Nur. SerbissiPuis, soit contre, soit à deux pas de la première tour, il advient qu'on en élève une seconde, puis une troisième, chacune déterminant de nouvelles cours, cernées de nouvelles murailles.

Ainsi, d'ajout en ajout, l'élaboration des plus grands nuraghi a-t-elle continué jusqu'à ce qu'ils deviennent, après le milieu du second millénaire av.JC, de véritables forteresses constituées d'un groupe de tours entouré de bastions communiquant entre eux.

Ces ensembles exceptionnels présentent de nombreuses similitudes, mais leurs différences en dimensions et en complexité, démontrent ostensiblement le niveau de puissance et de richesse de leurs occupants respectifs. ArrubiuCes places-fortes ont sûrement été les centres d'un pouvoir politique sacralisé qui assurait la cohésion des nations nuragiques.


Visite d'un nuraghe à tholos :
Selon l'aménagement du volume intérieur, on distingue 2 types de nuraghe :
- à couloir transversal, selon le plan le plus archaïque.
- à tholos, belle chambre circulaire dont la paroi se resserre progressivement vers le haut pour former une coupole étirée.

L'entrée, surmontée d'un énorme linteau monolithique, ne montre pas trace de porte. Elle est invariablement étroite et, la plupart du temps, surbaissée.
L'ayant passée, on traverse la paroi du nuraghe par un corridor de quelques mètres, dans les côtés duquel on trouve normalement une ou deux grandes niches et (presque toujours à gauche) l'ouverture d'un escalier intérieur.
Cet escalier, construit dans l'épaisseur des murs, donne accès aux parties supérieures de la tour, parfois une seconde chambre en tholos formant étage intermédiaire ou, dans tous les cas, une plate-forme sommitale.
Au bout du corridor d'accès, se trouve le tholos : encerclant le sol sur une dizaine de mètres, sa paroi courbe monte vers la clef de voûte et montre une surface plus ou moins régulière, selon l'habilité de son constructeur. Dans les grandes tours, une ou plusieurs niches peuvent avoir été réservées à la base de cette paroi.
Si par chance le tholos est en bon état, on constate qu'il ne comporte qu'une seule ouverture : celle que l'on vient de franchir. L'endroit est donc assez ténébreux et on ne peut y allumer un feu sans s'y enfumer. On conçoit alors qu'aucun des ingénieux nuragiques n'aurait consenti à loger en ce lieu : ceci n'est pas un habitat...


L'habitat et la vie quotidienne au temps des nuraghi :
S'il n'est de nuraghe sans vestiges d'au moins un village, la plupart des villages nuragiques étaient sans nuraghe. Pour la plupart des implantations, le terme même de village est d'ailleurs excessif : il s'agirait plutôt d'une poignée d'habitations, îlots constitutifs d'un maillage territorial homogène mais de faible densité, satisfaisant à une économie de subsistance.
Habitat nuragiqueLes habitations étaient des huttes
généralement circulaires, larges de 5 à 8 mètres, faites d'un muret de pierre sur lequel s'appuyait le cône d'un toit de branchages couvert de broussailles, genêts, bruyères ou autres, selon les régions.
Parfois, deux ou trois huttes communiquaient entre elle, formant une unité d'habitation plurispatiale. Les ensembles les plus
sophistiqués, probablement ceux abritant une famille particulièrement affluente, comptaient plusieurs unités plurispatiales disposées autour d'une cour commune.
Le legs des villageois aux archéologues est assez mince : divers outils de meulage ou de broyage et des poteries ayant servi au stockage des denrées alimentaires, du grain et de l'avoine, du raisin et des amandes. L'alimentation carnée des proto-sardes dépendait autant des produits de la chasse que de ceux des troupeaux de chèvres et moutons. Chaque village traitait sa laine et produisait ses fromages. Beaucoup plus rarement, un atelier métallurgique fournissait des objets de cuivre ou de bronze. Le travail intensif de l'obsidienne, lui, a persisté pendant toute l'époque nuragique.

Le petit temple de Su Tempiesu (Orune) magnifie un phénomène naturel en captant une source qui coule goutte à goutte depuis l'époque de la construction, il y a 3.000 ans. L'ensemble du monument et divers de ses éléments architecturaux composent un hymne manifeste à la féminité.

Tous les dix-huit ans et demi, la lune vient à l'aplomb du Puits Sacré de Santa Cristina (Paulilatino) et en illumine les profondeurs. Prochaine démonstration à la pleine lune de juin 2007.

Le culte de l'eau :
La facette la plus attestée de la vie religieuse et spirituelle des populations nuragiques est celle d'un culte rendu aux eau, pour lequel ils ont construits quelques dizaines de sanctuaires, génériquement appelés Puits Sacrés, bien qu'ils aient souvent été placés sur une source.
Puit SacréQuand ce culte est tombé en désuétude, les sanctuaires construits sur des sources ont été convertis en fontaines publiques et c'est sans doute pourquoi la plupart des vestiges de temples ondins sont des Puits Sacrés où, typiquement, un escalier rectiligne descend au niveau de la nappe aquifère.

Comme le prouvent des offrandes découvertes dans les eaux d'Abini (Teti) ou de Sos Malavidos (Orani), le culte de l'eau se pratiquait déjà pendant la période proto-nuragique, puis il a été perpétué pendant plus de deux millénaires.
Puit SacréA proximité des sources ou dans les vasques aménagées, les fouilles archéologiques ont révélé d'importants dépôts d'offrandes votives qui constituent la majeur partie du trésor nuragique : statuettes de bronze, bijoux et divers objets précieux, soit de fabrication indigène, soit importés.
A proximité du Puit Sacré, s'étendait parfois un grand village, le sanctuaire faisant alors partie d'un complexe nuragique.
Il semble que les Puits Sacrés étaient la propriété des clans locaux et que certains d'entre eux étaient de grands centres religieux, points de rencontre des clans, tribus ou confédérations Nuragiques, lieux de cérémonies mais aussi de palabres, de marchés et de fêtes. Selon l'historien Strabon, c'est en prenant le contrôle de ces centres que les envahisseurs Romains ont réussi à "pacifier" l'île des Bâtisseurs de Tours.
Dans la Sardaigne d'aujourd'hui, certains aspects des festivités nuragiques semblent transparaître lors des pèlerinages aux églises champêtres, innombrables et presque toujours placées près d'une source...


Les Tombes de Géants :
On dit que les premières Tombes de Géants étaient orientées vers la Croix du Sud, constellation observable en Sardaigne au troisième millénaire av. JC (?).
Selon les initiés, c'est à l'intersection des courants d'énergie spirituelle que la pierre phallique féconde la Terre.
En ce point, se pratique encore un rite millénaire : après y être resté 5 jours et nuits, le néophyte explore des états de conscience modifiée et reçoit des messages propitiatoires ou de guérison.
La Tombe de Géant le plus propice à cette incubation serait celle de Li Mizzani (Palau). Sis dans un bosquet de lentisques, plante réputée thérapeutiques, comme la roche sur laquelle il se dresse, Li Mizzani est proche d'un village minuscule mais ne comptant pas moins de 23 églises et dont le toponyme "Luogosanto" prouve, s'il en était besoin, la sacralité de ce terroir...

Monuments funéraires classiques de la culture nuragique, les Tombes de Géants sont des sépultures collectives dont la structure générale évoque les "allées couvertes" bien connues en France.
Chacune des quelques 500 Tombes de Géants répertoriées en Sardaigne se trouve près d'un nuraghe ou du village attenant. Ces tombes semblent avoir été réservées à la classe socio-économique la plus opulente. Des urnes de terre cuite contenaient les ossements, préalablement décharnés. L'ethnologie moderne suggère que cette pratique funéraire puisse avoir été accompagnée de cannibalisme rituel.
Le tombeau est un couloir semi-enterré, aux parois appareillées en pierre sèche, au plafond de dalles plus ou moins ajustées. L'allée couverte pouvait être augmentée d'un remblai de terre, lui donnant l'aspect d'un tertre bas et allongé qu'il fallait ouvrir lors des inhumations.
Tombe de géantsLe caractère remarquable et esthétique des Tombes de Géants tient en une fine lame de pierre, longue de 3 à 4 mètres et épaisse de seulement 2 à 3 décimètres, dressée à une extrémité de la sépulture. L'embossage de cette stèle dessine une courbe élégante soulignant sa forme générale et divisant sa surface en deux. A la base, une ouverture guère plus grande qu'une chatière ne pouvait servir qu'au dépôt d'offrandes : le monolithe évoque une porte ouverte (ou fermée) sur l'au-delà, mais dont les clefs semblent irrémédiablement perdues.
De part et d'autre de la stèle, un rang de dalles levées délimitent un parvis semi-circulaire, lieu des célébrations funéraires.
Pour la plupart, les Tombes de Géants sont difficiles à identifier hors reconnaissance archéologique et celles présentant encore leur fragile stèle frontale sont rarissimes.
Parmi celles-ci
: Li Loghi et Coddu Vecchiu (Arzachena), Imberthigue près de (Borore).


La Sardaigne nuragique et le monde extérieur :
A l'aube de la civilisation nuragique, c'est à dire entre la fin du III° millénaire et les débuts du II° millénaire av.JC, le commerce transméditerranéen n'est plus ce qu'il était. Certes, les poteries "Beaker" continuent à transiter par la Sardaigne, mais elles sont l'unique lien dynamique des relations extra-insulaires.
Il est certain que, quand le commerce avec Chypre battait son plein, la Sardaigne a développé d'intenses relations avec le monde mycénien.
Mais il est pour le moins improbable que se soient des Sardes, appelés Sherden ou Shardana dans l'Est méditerranéen, qui aient transporté les articles orientaux découverts dans leurs nuraghe.

C'est vers le milieu du II° millénaire que les échanges internationaux trouvent une nouvelle vigueur, et l'île des "Bâtisseurs de Tours" sa juste place au sein du réseau maritime qui relie alors le Proche-Orient à l'Europe du Nord-Ouest. Ce regain coïncide d'ailleurs avec la complétion des plus grandes et plus puissantes forteresses nuragiques, dont celles de Barumini, Arrubiu et Torralba.
Chypre est devenue le noeud autour duquel s'organise le réseau marchand oriental, et les relations commerciales entre cette île et la Sardaigne vont atteindre leur niveau optimal aux alentours de 1.400 av.JC, pour continuer jusqu'à la fin du millénaire.
Cette période florissante est marquée par l'hégémonie des grandes cités-états méditerranéennes. Pendant ce temps, malgré son homogénéité culturelle, la société nuragique paraît divisée en une multitude de communautés autarciques jalouses les unes des autres, unies seulement par une hiérarchie tribale probablement fluctuante.
Pourquoi à la différence des Phéniciens, des Grecs et des Etrusques, les Sardes n'entrèrent-ils pas dans l'ère de la communication écrite ? Et pourquoi la cité nuragique, centre commercial ou siège administratif, semble ne jamais avoir été construite ?

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Les Sardo-Puniques

Les commerçants phéniciens
En l'an 1.000 av.JC, les navires phéniciens courent déjà la "route de l'étain" qui lie la péninsule ibérique au moyen-orient.
Entre les IX° et VII° siècles av.JC, les commerçants sémites ouvrent sur les côtes de Sardaigne de nombreux comptoirs : Karalis (Cagliari), Nora, Bithia, Sulci (Sant'Antioco ou Porto-Vesme ?) et Tharros. C'est au cours de cette période que les Sardes entrent officiellement dans le grand livre de l'Histoire, avec
la marque "SRD" (ou Shrdn) lisible sur le col d'une amphore punique trouvée dans la baie de Nora.
De leur côté, les colons grecs se sont implantés en Corse et dans la baie d'Olbia. En 535 av.JC, à la bataille navale d'Alalia (Corse), l'ex-comptoir phénicien de Carthage et ses alliés Etrusques mettent un terme à la présence hellénique en Mer Tyrrhénienne.
La Sardaigne est devenue un enjeu géopolitique que les Carthaginois doivent annexer. Leur première tentative de 545 av.JC s'était soldée par un désastre : les Sardes avaient rejeté à la mer les troupes du général Malco. Mais en 520 av.JC, après vingt ans de guerre, les généraux Hasdrubal et Hamilcar contrôlent la majeure partie du littoral. A l'intérieur, les grandes forteresses nuragiques, quoi que renforcées, vont tomber les unes après les autres.
Vers 500 av. JC, la prise et le saccage de Barumini marquent la fin de l'énigmatique civilisation Nuragique.


L'île carthaginoise :
Repliés dans les montagnes de l'actuelle Barbagia, les fils (et les filles) des Bâtisseurs de Tours vont continuer à résister âprement, mais les Carthaginois garderont le contrôle du reste de l'île.
Sur les côtes, les comptoirs phéniciens deviennent d'opulentes cités portuaires gardées par d'innombrables galères de guerre.
A l'intérieur, les occupants érigent des forteresses d'un style nouveau, comme au Mont Sirai près de Carbonia (Ca) et à Pani Loriga près de Santadi (Ca). A Anthas et ailleurs, ils dédient des temples à la déesse Tanit ou au dieu Baal.
Dans les champs de blé du Campidano, les serfs des Carthaginois encourent la peine de mort pour la plantation d'un seul arbre, ombrage éventuel aux précieux épis.
Depuis, en langue sarde, blé se dit laore, synonyme de labeur.
La population sarde, réduite au servage ou à l'esclavage, s'échine dans les champs de blé et dans les mines qui prospèrent grâce aux techniques importées par les occupants. Ceux-ci entretiennent ainsi leur toute puissante armée : la Sardaigne est devenue une immense base militaire carthaginoise.

La vocation marchande de l'île relève désormais d'une Antiquité dont seuls les mythes perpétuent la réalité. Si les nuraghe restent debout, leur message s'estompe dans les brumes du temps, leur gloire est à jamais éteinte, hors le coeur du peuple sarde. Celui-ci va connaître, après deux millénaires d'autonomie territoriale, un même durée d'occupation rarement consentie : c'est ce qui s'appelle l'Histoire de la Sardaigne ...


Giovanni Liliu - La Civiltà dei Sardi - (Nuova, 1988) :
toute la préhistoire de la Sardaigne par le doyen de ses archéologues,
découvreur du complexe nuragique de Barumini. En italien seulement.

Sardinia : Prehistory (ERP, 2000)

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