| Survol
de l'ensemble d'Arrubiu |
L'ensemble mégalithique d'Arrubiu
est caractérisé par son bastion central pentalobé,
soit une tour principale cernée par 5 tours secondaires.
La tour principale enfermait, sur deux étages, deux chambres en
forme de "tholos". Elle était couronnée, à
25 mètres de haut, d'une terrasse à encorbellement de pierre.
Plus bas, sur les cinq tours secondaires, de structure similaire à
la principale mais ne comportant qu'un étage, courait un chemin
de ronde.
Deux cours (l'une intérieure, l'autre périphérique),
des murs de liaison et d'enceinte, complétaient le bastion central.
Appuyées sur le côté
oriental du bastion, deux rangées concentriques de tours circulaires,
construites ultérieurement, renforçaient le dispositif.
L'ensemble d'Arrubiu,
ou du moins le bastion pentalobé,
paraît être
le fruit d'un projet architectural unitaire. Aussi cohérent que
durable, un tel monument n'a pu être érigé sans l'aide
de connaissances techniques éprouvées, mises en oeuvre par
une population nombreuse et socialement structurée.
| Du
haut de ce nuraghe, 35 siècles vous contemplent |
L'occupation du complexe nuragique d'Arrubiu
remonte au 14° siècle av.JC. Cette datation a pu être
établie grâce à un petit vase Mycénien dont
les tessons ont été trouvés au niveau primitif.
Cette humble poterie témoigne autant de la vénérable
ancienneté de la culture nuragique que de celle des contacts entre
les nations méditerranéennes.
Grandeur et
décadence :
L'ensemble nuragique d'Arrubiu,
son bastion originel et ses deux séries successives de tours, fut
activement occupés jusqu'au 9° siècle av.JC. Un tremblement
de terre provoqua alors l'effondrement de la moitié supérieure
de la maîtresse tour, et un premier abandon du site.
Des viticulteurs sardo-romains du 4° siècle de notre ère,
vécurent sur les ruines déjà millénaires,
sans y effectuer de remaniement.
Laissé à la seule attention des pâtres errant sur
l'aride plateau basaltique, le monument forma ensuite une butte pierreuse
ne montrant que le moignon de sa plus haute tour.
Ce n'est que lors des campagnes de fouilles archéologiques de 1986
et 1996 que l'impressionnant complexe revit le jour.
Trois millénaires et demi après sa construction, Arrubiu
reste assurément le moins inchangé des grands et mystérieux
ouvrages légués par les prolifiques bâtisseurs nuragiques,
un témoignage authentique et suggestif d'une des premières
civilisations proto-urbaine du bassin occidental de la Méditerrannée.
A la périphérie du site d'Arrubiu,
des huttes nuragiques reconstituées évoquent le temps où
un village animait les alentours du monument.
Près de l'entrée, sont exposés les vestiges de deux
ateliers oenologiques sardo-romains, trouvés à la surface
du site, déplacés et reconstruits en l'état par les
archéologues.
Devant le nuraghe, on distingue les substructures de deux petits bâtiments,
l'un circulaire (donc sarde), l'autre rectangulaire (donc romain).
La cour centrale
:
En
passant sous d'énormes linteaux de pierre, on peut franchir les murailles
cyclopéennes du bastion dominé par sa tour centrale (donjon)
décapitée, mais culminant encore à 14 mètres.
On découvre alors une cour exiguë, serrée entre le "donjon"
et trois des tours auxiliaires, auxquels on accède directement par
des ouvertures en ogive. Deux autres ouvertures donnent accès, l'une
au sinueux couloir menant à l'arrière du "donjon",
l'autre à l'escalier caché dans la muraille qui dessert le
"chemin de ronde". Cette même cour abrite une citerne où
l'eau de pluie était recueillie par un dispositif en terre cuite,
dont les tessons ont été retrouvés.
La tour principale
:
De la cour centrale, on pénètre par un portail en ogive dans
la pièce intérieure du "donjon". L'entrée
étant l'unique ouverture, nous sommes dans une chambre obscure dont
seul l'éclairage électrique révèle la forme
ogivale, rappelant celle des "tholos" mycéniens. Placées
en symétrie croisée avec l'entrée, trois "alcôves",
elles aussi en ogive, entaillent la muraille qui monte et se resserre progressivement
vers la clef de voûte, posée 10 mètres plus haut. L'ouvrage
réalisé sans mortier supporte le poids de l'énorme
tour depuis plus de 3.000 ans. La
taille grossière de la pierre contraste étrangement avec la
régularité géométrique de la voûte. Le
sol est plat et circulaire. Au centre, un petit autel abrite un pot de terre
cuite à deux anses. A la base de ce vase, quatre becs permettent
l'écoulement d'un liquide dans quatre directions symétriques.
La disposition de ces 4 trous reflètant celle des 3 alcôves
et de l'entrée, l'usage exclusif des ogives et des courbes, imposent
l'idée que l'ensemble est gouverné par une symbolique obsessive.
Dissimulé sous la haute tour, ce lieu ténébreux et
chtonien ne peut avoir été autre chose qu'un sanctuaire religieux.
Dans les mouvantes lueurs de torches fumeuses et odorifères, quelles
cérémonies minutieusement ordonnées et farouchement
secrètes ont pu se dérouler ici ? Initiations ? Sacrifices
? Renouvellements d'alliances ? Quelles divinités invoquait-on ?
Au nom de quel ordre social ? Un chef de tribu divinisé siégeait-il
à Arrubiu ? Telles sont les énigmes
posées par Arrubiu, et leurs clefs sont
probablement à jamais perdues.
Les cinq tours
secondaires :
La tour principale est sertie de cinq tours circulaires, de moindre hauteur,
avec des "tholos" ouverts à la lumière du jour.
Quatre de ces tours donnent sur la cour centrale :
-
la tour la plus éclairée, par une belle rangée d'étroites
"fenêtres", est dite Tour des Dames
car on y a trouvé des quenouilles à filer la laine, outils
présumés féminins;
-
la deuxième tour est dite Tour du Feu
parce qu'elle présente en hauteur deux ouvertures informes, plus
aptes à laisser sortir la fumée des deux foyers qu'on y a
trouvés qu'à laisser entrer la lumière du jour;
- la troisième tour, effondrée, ne livrera pas son secret
avant que les fouilles aient atteint le sol d'origine;
- on accède au tholos de la quatrième tour, sise derrière
le "donjon", en le contournant par un corridor long, étroit
et sinueux;
- la cinquième tour, elle aussi située derrière le
"donjon", semble ne communiquer avec aucune autre partie du monument,
du moins en l'état actuel des fouilles.
La
cour extérieure :
Les deux tours arrières et la "Tour des Dames" avec ses
"fenêtres" forment le côté d'une deuxième
cour, sorte d'enclos périphérique ne communiquant pas avec
le bastion, mais avec l'extérieur.
C'est dans cette cour que la partie supérieure de la tour principale
s'est écroulée. Les pierres taillées provenant de l'encorbellement
de sa plate-forme sommitale apparaissent parmi les débris.
Les
"fortifications complémentaires" :
L'ensemble mégalithique d'Arrubiu semble
avoir été un bastion sacré, un "temple-fort"
ne pouvant abriter qu'un nombre réduit de personnes, peut-être
un collège de prètres-guerriers.
Parce qu'il était difficile à défendre contre un assaillant
supérieur en nombre, ou pour toute autre raison, le bastion a été
augmenté de deux séries de tours, reliées par d'épaisses
murailles et formant deux enclos mitoyens. Ces (douze) tours complémentaires,
ont été bâties sur le même plan et avec la même
technique que le bastion central. Les tours de l'un des enclos sont encore
partiellement dressées. La mieux conservée, n'ouvrant que
par le haut et sa paroi intérieure gardant des traces d'enduit, aurait
été un silo à grain. De l'enceinte du second enclos
ne reste que la base.
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