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La Sardaigne Historique

III° siècle av.JC
De Rome à Byzance
Les Guerres Puniques
Ils sont Fous ces Romains !
La Pax Romana
L'Ile de l'Exil

V° siècle
La Croix et le Croissant
Autant en Emportent les Vandales
Byzance : une Administration Durable
Les Maures

X° siècle
Les Rois-Juges
Les Judicats
Les Frères Ennemis
Les Derniers Rois-Juges
XIV° siècle
XIV° siècle
Le Royaume de Sardaigne
Création du Royaume de Sardaigne
Une Patiente Prise de Possession
L'Occupation Aragonaise
Eleanora d'Arborea
Sous la Botte Espagnole
XVIII° siècle
Le Royaume Piémontais
La Sardaigne pour une couronne
Sa Die de sa Sardigna
Premières Mesures Sociales
XIX° siècle
La Sardaigne Moderne
L'Ere Industrielle et Intellectuelle
La Première Guerre Mondiale
La Seconde Guerre Mondiale
La Région Autonome de Sardaigne
XX° siècle

De Rome à Byzance
Les Guerres Puniques :
A leur arrivée les Romains trouvèrent la population insulaire organisée en quatre grandes tribus, prossible calque de l'ancien modèle nuragique :
- les Balari au nord-ouest (Logudoro)
- les Iolai au sud-ouest (Campidano)
- les Corsi au nord-est (Galura)
- les Sardi au sud (Cagliari).
Pendant le III° siècle av.JC, l'influence croissante de la république romaine sur le monde méditerranéen s'oppose de plus en plus à celle de l'oligarchie carthaginoise.
Cette concurrence amène la Première Guerre Punique (264-241 av.JC) que les Romains vont perdre, mais pas avant d'avoir amorcé la "libération" de la Sardaigne : Cornelius Scipion investit l'île de Sulci (Sant'Antioco).
La conquète de l'ensemble des côtes de la grande île, indispensable poste stratégique entre Rome et Carthage, devient une nécessité impérieuse. C'est le général Sempronius Graccus qui la satisfait, et marque ainsi la fin de l'époque sardo-punique.


La Pax Romana :

Bien que profitant des richesses de l'île et du labeur de sa population, les Romains montrent en retour bien plus d'arrogance que de reconnaissance.
Ciceron estime que "rien de bon ne vient de Sardaigne, même le miel y est amer", mais peut-être rechigne-t-il simplement à payer le prix élevé du miel de corbezzolo ?
Mieux, si on en croit les historiens latins, les Bâtisseurs de Tours n'aimaient rien tant que jeter de tendres vierges au fond des précipices où leurs divinités résidaient.
Et ces mêmes "Barbares", amateurs de drogues psychotropiques (herbe sarde), accompagnaient-ils vraiment de rires dits "sardoniques" (terme déjà utilisé par Homère) les tortures rituelles qu'ils auraient fait subir aux plus valeureux de leurs prisonniers ?
Ou le récit de ces atrocités relève-t-il de la partialité des historiens-propagandistes romains, largement avérée par ailleurs ?

Dès 238 av.JC, l'île des Bâtisseurs de Tours n'est plus qu'une colonie romaine.
Divisées en grandes propriétés, ses bonnes terres sont allouées aux familles patriciennes. Grand grenier à grain et importante source de métaux, l'île reçoit peu en échange.
Par chance, elle prend le parti de César lors des Guerres Civiles et les empereurs n'oublieront pas de l'en récompenser : la première, Karalis (Cagliari) reçoit le statut de municipalité romaine, puis c'est le tour de Tharros, Sulcis (Sant'Antioco), Olbia, Bithia et Nora.
Aussi, de nouvelles cités sont fondées : Forum Traiani (Fordonganius) et Colonia Julia ad Turrem Libyssonis (Porto Torres).
Progressivement, la Sardaigne accède ainsi au statut de Province Romaine, avec Cagliari pour capitale administrative. NoraDe nombreuses routes sont tracées, des ponts, des temples, des bains publics sont construits et même, un théâtre à Nora, un amphithéâtre à Cagliari. Dans cette ambiance de prospérité une société sardo-romaine apparaît.
Dans les villes romanisées, les coutumes carthaginoises ne sont pas totalement abolies : les cultes de Baal, Bès et Tanit ont toujours droit de cité, les patronymes puniques demeurent.
Cependant, les Sardo-Romains adoptent la langue latine, qui subsiste dans la langue sarde moderne "Sa Limba", plus proche du Latin que l'italien officiel.

Ils sont fous ces Romains :
Mais cette Paix Romaine est toute relative : en 216 av.JC, au cours de la Seconde Guerre Punique, menés par le chef sardo-punique Ampsicora, les insulaires s'étaient déjà révoltés.
Cette rébellion fut la première d'une longue série que n'empêchèrent ni les répressions sanglantes, ni les huit grandes "victoires" de l'armée romaine (un record pour un pays officiellement conquis), dont celle de 177 av.JC qui fit 12.000 morts du côté sarde.
Même pendant la période impériale, il est vrai plus paisible, le coeur d'une irréductible résistance continue à battre dans les montagnes du nord-est de la Sardaigne, région que les envahisseurs nomment "Barbaria", la Barbagia d'aujourd'hui.


L'île de l'exil :
Une expression populaire romaine, "envoyer en Sardaigne" est synonyme de "limogeage". Dans cet esprit, Tibère y déporta 4.000 Juifs et, plus tard, les militaires chrétiens coupables de prosélytisme y seront relégués.
Ces limogeages furent d'ailleurs contre-productifs, causant la précocité de l'Eglise sarde et son dynamisme : deux Papes du V° siècle, Hilarius et Symmachus, seront des natifs de l'île et les vestiges des sanctuaires chrétiens primitifs suscitent encore l'intérêt des visiteurs modernes.
Cependant, la foi chrétienne s'exprime difficilement hors des centres urbains : les dieux des Bâtisseurs de Tours ont la vie dure et, en l'an 600, le Pape Grégoire Le Grand se plaindra encore de ce que les montagnards sardes "persistent dans le culte des rochers et des bois"...

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La Croix et le Croissant
Autant en emportent les Vandales :
Bien avant la chute de l'Empire Romain au V° siècle, les Vandales occupent l'Afrique du Nord. Ayant mis Rome à sac, ils forment une puissante flotte et, en 456, saisissent une partie de la Sicile, la Corse et la Sardaigne. Deux ans plus tard, l'armée romaine les en chasse, puis ils reviennent, sont repoussés, reviennent encore, et ainsi de suite jusqu'en 534, année où les troupes byzantines de l'Empereur Justinien mettent un terme au Royaume Vandale d'Afrique et libèrent la Sardaigne, sans négliger de l'incorporer à son Empire.
Byzance, une administration durable :
Sise aux confins occidentaux du nouvel Empire, la Sardaigne byzantine dépend de l'Exarchat de Ravenne. Les grandes propriétés restent aux mains des familles ci-devant patriciennes, mais l'administration générale de l'île est réorganisée :
- un gouverneur militaire, le dux, siège à Fordongianus avec pour principale mission de contenir les montagnards de la Barbagia qui, "conquis" depuis un millénaire, n'ont pas encore déposé leurs armes;
Les divisions administratives et l'appareil gouvernemental mis en place par Byzance vont perdurer jusqu'à l'ère moderne.
Pendant le Moyen-Age les Sardes en feront un système empreint de démocratie, celui des Rois-Juges.
- l'île est divisée en quatre provinces, chacune dirigée par un magistrat, le judex provinciae. Les provinces sont divisées en partes, gouvernées par un curator et les villes, villages ou grandes propriétés sont contrôlées par un maior.
Hors la levée d'impôts et le maintient, à Cagliari, d'une flotte commise à la défense de la Mer Tyrrhénienne, les ambitions de Constantinople en Sardaigne sont peu contraignantes : l'élite sarde obtient rapidement les sièges des judex provinciae et des curator, si bien qu'au déclin de l'Empire, l'île bénéficie d'une indépendance de fait.

Pendant des siècles, les incursions Mauresques et Ottomanes ont été une calamité commune aux côtes et aux îles de la Mer Méditerranée.
En Sardaigne, elles ont causé le déplacement d'innombrables petites villes du littoral vers l'intérieur des terres.
Le dernier de ces raids aura lieu à Osalla, en 1806 !
Les Maures :
Les Arabes, après leur rapide conquête de l'Afrique du Nord au VII° siècle, ont constitué un Empire Islamique. Leur flotte, aux ordres de beys locaux, va harceler le monde chrétien que Byzance n'est plus capable de protéger.
Le premier raid sur la Sardaigne date de 705. Cagliari subit une brève occupation en 720. En 752, une armée maure s'empare d'une partie de la Sardaigne et il faudra plusieurs années avant que les Sardes ne boutent les infidèles hors de l'île, et seulement pour un temps : en 821, ce sont les troupes du calife d'Espagne qui débarquent...
Ainsi, pendant trois siècles, raids et tentatives de conquètes vont se succéder.
Entre deux attaques, des accords sont passés avec les Maures : soit on paye tribut au calife d'Afrique ou d'Espagne, soit on autorise leurs navires à jeter l'ancre dans les ports de Sardaigne.
La dernière invasion, menée par le corsaire Mugahid a lieu en 1015. Le Pape forme alors une coalition des flottes pisanes et génoises qui, l'année suivante, anéantit la flotte mauresque tandis que les Sardes exterminent les troupes laissées à terre.
Gènes et Pise vont pouvoir exercer, en retour, un véritable droit de cuissage sur la grande île.

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Les Juges-Souverains
Les Judicats :
L'union contre les Vandales, puis contre les Maures a provoqué le renforcement d'une gouvernance autonome Sarde, calquée sur le modèle byzantin mais régie par un code législatif d'inspiration possiblement plus ancienne, le Carta de Logu.
Sur chaque ex-province sardo-byzantine, désormais appelée Giudicato (judicat), règne un Giudice (Roi-Juge ou Judex). D'abord, les Judex sont élus par une assemblée des propriétaires terriens, la Corona. Puis, leur fonction devient héréditaire, la Corona ne subsistant que comme conseil, et les quatre Judicats deviennent des royaumes indépendants, sinon rivaux. Ce sont :
- le Judicat de Logudoro (ou Torres) au nord-ouest;
- le Judicat d'Arborea (autour d'Oristano) à l'ouest;
- le Judicat de Gallura (plus pauvre et plus isolé) au nord-est;
- le Judicat de Cagliari (plus riche et plus important) au sud.

Pise et Gènes, les frères ennemis :
Après la victoire de 1016 sur les Infidèles, les cités-états de Pise et Gènes interfèrent librement dans les affaires sardes, pour le meilleur d'abord et finalement pour le pire.
La paix retrouvée et le dynamisme des commerçants pisans et gènois permettent le redéploiement des échanges extérieurs. L'exploitation des mines et des salines a repris et les villes retrouvent une activité qu'elles n'avaient plus connue depuis la chute de Rome.
En 1076, la Sardaigne, restée orthodoxe après l'occupation byzantine, est rattachée à l'Eglise d'Occident. Le Pape délègue les moines Bénédictins de Montecassino et Saint-Victor de Marseille qui mettent en valeur les terres abandonnées, éduquent les populations et assurent leur fidélité au dogme romain. Les Judex font venir de Pise ou de France architectes et artistes qui restaurent les anciens sanctuaires et en édifie une profusion de nouveaux, d'une élégance gracieuse qui pare encore les paysages de Sardaigne.
Cette période de renouveau est aussi celle d'un médiévalisme profus et haut en couleurs. Gagnés par les jalousies ambitieuses et souvent féroces des deux cités continentales, les quatre Judex guerroient avec ardeur, alternant fait d'armes et perfidies. Mais à ce jeu, leur indépendance financière, militaire et politique s'érode au profit des condottieres pisans et génois : non seulement les Malaspina, Doria, Gherardesca et Visconti se taillent d'immenses domaines mais ils vont finalement abolir trois des Judicats.

La fin des Judicats :
Le Judicat de Logoduro, pris entre les intrigues des condottieres, régulièrement envahi par Arborea et occasionnellement par Cagliari, sombre dans l'anarchie. Son dernier Judex, le jeune Barisone III, est assassiné par une faction pro-génoise en 1235. Sassari devient alors une ville-république, selon le modèle et la volonté de Gènes qui place à sa tête un sien Podestat, tandis que les maisons génoises des Malaspina, des Doria et celle, catalane, des Bas-Serras d'Arborea se partagent les terres.
Château des Gherardesca En 1215 à Cagliari, profitant d'une crise de succession, Ubaldo Visconti prend le contrôle de la ville puis, aidé par une faction pisane, il en force le Castel. Le Giudice en droit, Guglielmo, se réfugie dans la bourgade voisine de Sant'Igia, protégée par ses marais, d'où il poursuit la lutte. En 1254, soutenu par Gènes, son fils Chiano reprend le Castello aux usurpateurs mais, trois années plus tard, les Pisans détruisent Sant'Igia et enlèvent Cagliari. Abolissant le Judicat de Cagliari, les vainqueurs donnent les terres tant aux Visconti qu'aux Gherardesca, et font de Cagliari une ville "libre", mais Pisane.
La fin du Judicat de Gallura surviendra de façon à peine moins rocambolesque : son Judex, Nino Visconti, détrôné par les Pisans en 1288, meurt l'année suivante sans laisser d'héritier.
Seul le Judicat d'Arborea a pu se maintenir, ayant su négocier une solide alliance avec Pise, qui semble finalement avoir gagné la course pour le contrôle de l'île.

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Sous le Jouc Espagnol
Création du Royaume de Sardaigne
Une Patiente Prise de Possession
L'Occupation Aragonaise
Eleanora d'Arborea
Sous la Botte Espagnole

Création du Royaume de Sardaigne:
En 1284, sur l'autre rive de la mer Tyrrhénienne, à Maloria, Gènes a détruit la flotte de Pise, ses espoirs hégémoniques et ceux, à peine plus spirituels, du Saint-Siège qui est opposé aux Génois. La papauté se trouve par ailleurs contrariée, car les Siciliens ont détrôné son favori Charles d'Anjou lors des "Vêpres Siciliennes" (1282) et invitent le Roi d'Aragon à prendre sa place.
En 1297, imaginant régler deux problèmes d'un coup, le Pape Boniface VIII crée un Royaume de Corse et Sardaigne et en propose la couronne à Jaume II d'Aragon, pour peu qu'il veuille bien refuser celle de Sicile.
L'Aragonais ne se le fait pas dire deux fois : sa bonne ville de Barcelone peine à concurrencer les cités italiennes, et ce royaume Sardo-Corse sera l'avant-poste qui lui manque au coeur du marché méditerranéen. Si Jaume II d'Aragon se réjouit d'être le premier Roi de Sardaigne, le Pape sera fort marri : à défaut de Jaume, les Siciliens prient tout simplement son frère, Frédérique d'Aragon, de bien vouloir être leur Roi...

Une patiente prise de possession :
Recevoir la couronne de Sardaigne est une chose, prendre possession de l'île en est une autre. Jaume II d'Aragon l'a bien compris : pendant un quart de siècle, il consolide patiemment ses relations avec le Saint-Siège et avec Gènes, tout en préparant une alliance avec le giudicato d'Arborea, las des sempiternelles nuisances des condottieres pisans. Enfin, profitant de ce que Pise est divisée par des querelles internes, Jaume II confie à son fils, l'infant Alfonso, une imposante armée qui débarque sur la côte occidentale de Sardaigne en 1323.
L'année suivante, les troupes alliées d'Aragon et d'Arborea remportent à Lucosisterna une victoire décisive sur les Pisans. En 1325, les Doria et les Malaspina poussent Sassari à la révolte. Comme Pise les soutient, les Aragonais prennent d'assaut son ultime possession sarde, Cagliari. Les Pisans de la ville sont expédiés vers leur mère-patrie et remplacés par des Catalans.
En 1329, une énième insurrection soulève le nord de la Sardaigne, soutenu cette fois par Gènes.
En 1347, une offensive des Doria se solde par la perte d'Alghero qui devient, comme Cagliari, une ville catalane; Pourtant, sa possession avait été promise au Judex Mariano IV d'Arborea : c'est la première rupture de l'alliance sardo-aragonaise.

L'occupation Aragonaise et ses aléas :
Comparée à la voracité effrénée et prédatrice des condottieres génois et pisans, la domination aragonaise peut paraître plus avisée, voire progressiste : ainsi, en 1355, le Roi de Sardaigne institue un parlement qui siège à Cagliari. Cependant, les insulaires gardent la nostalgie de l'ère des Giudici et de leur indépendance perdue. Aussi, lors des conflits entre leur dernier giudice et la cour catalane, vont-ils s'unir sans condition et faire preuve d'un vrai sentiment national sarde.
Les hostilités commencent dès 1353-54. Une décennie plus tard, l'armée populaire de Mariano IV d'Arborea a repris la majeure partie du sud de l'île et, au nord, toute la Gallure. En 1368, les Aragonais assiègent Oristano, capitale d'Arborea, mais pris à revers par les troupes sardes, ils subissent une cuisante défaite. Sur le front diplomatique, Mariano IV s'assure l'alliance des Doria par le mariage de sa fille Eleanore d'Arborea avec Brancaleone Doria.
Le Roi de Sardaigne ne tient plus que Cagliari et quelques forteresses côtières quand une épidémie de peste emporte Mariano IV.
Son fils, Ugon III d'Arborea, lui succède et meurt assassiné après sept annnées de règne.
Quand aux alentours de 1395 elle édicte son Carta de Logu, Eleanore d'Arborea s'inspire de l'antique code romain qu'elle enrichit d'idées novatrice issues des grandes universités européennes.
Ainsi, le Carta de Logu d'Eleanora redonne aux femmes un plein droit à la propriété, celui de la liberté de choix devant le mariage, et celui de divorcer.
A tous, il accorde le droit d'appel en justice.
Un article du Carta de Logu d'Eleanora constitue la première des lois de protection de la nature. Il protège un faucon pèlerin dit "Faucon de la Reine" ou "Faucon d'Eleanore" en hommage à la législatrice, qui s'instaura propriétaire des spécimens de l'espèce (de même, tous les cygnes du Royaume-Unis appartiennent à la Reine et les tentatives de passage à la broche font encore la une des journaux britanniques).
Le Carta de Logu d'Eleanora, un des plus anciens documents rédigés en Sarde, est resté en usage jusqu'en 1847, date à laquelle les représentants sardes demandent au Roi Carlo Felice son abolition en faveur du code piémontais, dont les effets dans l'île seront notoirement désastreux.
La soeur d'Ugon, Eleanora d'Arborea, régente du Giudicato au nom de son jeune fils, va mener la lutte de la nation sarde contre l'envahisseur catalan.
Eleanora d'Arborea :
Croyant pouvoir obtenir une paix négociée, Eleanora d'Arborea délègue son époux Brancaleone Doria auprès de la cour de Barcelone, où il sera gardé comme otage pendant six années. Privée de ce précieux support, la giudicessa parvient cependant à contenir les ambitions aragonaises.
Elle crée aussi un code légal particulièrement éclairé, le Carta de Logu d'Eleanora, qui restera en usage pendant près d'un demi-millénaire.
Mais elle ne peut rien contre une effarante série d'épidémies de peste qui épuisent la résistance sarde, laquelle perd peu à peu le terrain arraché aux Aragonais. Revenu de captivité, son époux Brancaleone Doria assure la défense du nord de l'île, seul territoire encore libre. Eleanora d'Arborea disparaît lors d'une des épidémies de peste qui ravagent périodiquement la Sardaigne.
Après la défaite de Sanluri en 1410, le dernier des Judex d'Arborea, Guglielmo III, capitule.
L'ultime espoir de l'indépendance sarde, la cité-état de Sassari, se soumet au Roi de Sardaigne en 1417. Mais, bien que conquise, l'île reste indomptée : les insurrections se succèdent jusqu'à la désastreuse bataille de Macomer, en 1477.


Deux siècles sous la botte espagnole, :
Quand l'Aragon vient à bout de la résistance sarde, sa superbe n'est plus ce qu'elle était : Barcelone n'a jamais égalé les cités-états italiennes et le commerce méditerranéen est momentanément au point mort. La population sarde, abandonnée aux abus des seigneurs locaux, catalans et italiens siégeant au Parlement de Cagliari, connaît une ère de servage et de misère sans précédent. La Renaissance s'annonce à deux ou trois jours de navigation, mais l'île n'en aura pas le moindre écho.
FordongainusAvec l'unification du Royaume d'Espagne en 1479, la Sardaigne devenue espagnole est l'avant-modèle de la toute prochaine colonisation des Amériques : un Vice-Roi assure le prélèvement de lourds impôts qui financent l'impérialisme ibérique et privent les insulaires de la moindre ressource. La Sainte Inquisition expédie les affaires courantes et extraordinaires avec les méthodes que l'on sait.
Au nom du roi de France François 1er, en conflit ouvert avec l'Espagne, le nord de la Sardaigne est occupé par une troupe de 4.000 hommes qui, avec ceux du Génois Andrea Doria, mettent Sassari à feu et à sang en 1527 et ré-embarquent, laissant derrière eux une énième épidémie de peste.
Tout au long des XVI° et XVII° siècles, les Sardes sont des citoyens de seconde classe, taillables et corvéables à merci. La plupart des villes, Abbasanta, Cabras, Fordongianus, Macomer et Alghero, la Barcelonetta des occupants, sont interdites aux autochtones.
La noblesse espagnole, dont les versatiles Doria, occupe les terres agricoles de l'île divisée en grands domaines qu'elle gère, au mieux, négligemment.
Après la découverte du Nouveau Monde et de ses richesses, les conquistadores se désintéressant de la Sardaigne, exsangue, et laissent le champ libre aux exactions de leurs alliés Génois, des Pisans, ou du pirate magrebin Khair-eddine, dit Barberousse.

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Le Royaume Piémontais
La Sardaigne pour une couronne
Sa Die de sa Sardigna
Premières Mesures Sociales

La Sardaigne pour une couronne :
En 1700, la fin de la branche espagnole des Habsbourg amène la Guerre pour la Succession d'Espagne, et de ses colonies. En 1708, une escadre anglaise bombarde Cagliari et débarque une force d'occupation autrichienne qui repousse une invasion des Bourbons d'Espagne. En 1713, le conflit se termine avec la défaite de l'Espagne par l'Angleterre, qui entre alors en possession de la Sardaigne.
Au Traité d'Utrecht l'île échoit à l'Autriche, qui ne sait qu'en faire. Mais en 1717, le débarquement en Sardaigne d'un Bourbon d'Espagne, le roi Philippe V, provoque l'ire des monarques européens qui décident d'un nouveau partage du bassin méditerranéen. En 1718, le Congrès de Londres offre l'île au Duc de Savoie Victor-Amédé II pour qui le principal attrait de la Sardaigne est la couronne royale qui vient avec.

Régnant à Turin sur l'état le plus progressiste d'Italie, le Savoie-Piémont, la Maison de Savoie estime que la Sardaigne lui est une charge coûteuse et, dans la décennie 1740, elle essaie de la brader à la France, puis à l'Espagne, mais nul n'en veut.

Le vieux Parlement sarde ne sera plus convoqué et quand la langue piémontaise est imposé dans l'administration et les écoles, les Sardes se révoltent. Cependant, ayant connu l'iniquité du régime espagnole, la Sardaigne s'accommode de ses nouveaux maîtres.
Despote éclairé typique de son époque, le roi Charles-Emmanuel III remplace le Parlement de Cagliari par un Suprême et Saint Conseil pour la Sardaigne dont le siège est à Turin.
En 1759, le roi place à la tête de ce comité un réformateur sincère, Giambattista Lorenzo Bogino, qui limite les privilèges et le pouvoir du clergé, épure et réorganise l'administration insulaire, puis réforme l'éducation, remettant sur pied les universités de Cagliari et Sassari en leur assurant un financement adéquat. Pour palier à la faiblesse démographique de la Sardaigne, il entreprend de repeupler les régions les plus atteintes mais, s'il réussit en l'îlot de San Pietro, ses autres tentatives ont moins de succès. Pire, confrontée à l'opposition conservatrice de la noblesse locale, l'autorité piémontaise n'a ni la légitimité ni les moyens de mettre un terme au féodalisme ambiant, principale cause du problème sarde.

Sa Die de sa Sardigna :
Commandée par le contre-amiral Laurent Truquet, une escadre révolutionnaire française espère rencontrer en Sardaigne le même succès qu'avec le Comté de Savoie et le Duché de Nice, qui sont tombés sans coup férir.
La ville de La Maddalena est bombardée depuis l'île de San Stefano (où commande un jeune officier d'artillerie nommé Napoléon Bonaparte) jusqu'à ce qu'une audacieuse sortie des volontaires sardes mette fin au siège.
En décembre 1792, une troupe révolutionnaire investit l'îlot sans défense de San Pietro. Reçus comme des libérateurs, les soldats proclament la République de San Pietro et plantent un Arbre de la Liberté avant de repartir vers Sant'Antioco, Quartu et Cagliari qui subissent bravement le feu des navires français et repoussent les tentatives de débarquement.
En janvier 1793, appelée à d'autres tâches, l'escadre abandonne cette offensive qui se solde par un échec complet.
En 1792-93, la France républicaine en lutte contre les monarchies européennes dépêche une flotte de guerre en Sardaigne. Le corps expéditionnaire rencontre une résistance telle qu'il ne peut même pas débarquer.
Due tant au peuple qu'aux classes dirigeantes, la victoire des insulaires est une exception qui attire l'attention des puissances contre-révolutionnaires.
Les Sardes, croyant que leur bravoure sera récompensée, sont amèrement déçus quand les honneurs vont aux nobles continentaux qui n'ont pourtant pris part aux combats qu'à distance raisonnable.
Aussi, une délégation est envoyée à Turin pour demander justice et réclamer le rétablissement du Parlement sarde, la création d'un Ministère aux Affaires Sardes et l'exclusion des Piémontais des postes gouvernementaux et administratifs insulaires. En 5 mois, le Roi de Sardaigne n'a pas même accordé audience aux délégués et, revenus bredouille, ceux-ci divulguent un rapport qui met le feu aux poudres.
En avril et mai 1794, la révolte dite Sa Die de sa Sardigna, Les Journées de la Sardaigne, éclate à Nuoro. A Cagliari, le Vice-Roi et ses officiers sont mis sur un navire qui les débarque à Gènes. Un nouveau Vice-Roi est envoyé par Turin pour négocier un compromis avec la noblesse sarde, constituée en Assemblée, mais la révolution enflamme l'île tout entière : unis, paysans et citadins exigent une réforme démocratique, des châteaux sont détruits, des villes se forment en communes.
En 1796, le Vice-Roi dépêche à Sassari un représentant progressiste, le juge Giovanni Maria Angioy, qui prend le parti des rebelles (de nombreuses rues honorent aujourd'hui son nom) et prépare une marche sur Cagliari et la proclamation de la République de Sardaigne. Une force royaliste intercepte les révolutionnaires à Oristano et Angioy s'enfuit à Paris où il finira ses jours.
En 1799, la noblesse réactionnaire a repris le contrôle de l'île quand, chassé du Piémont par les Français, Victor Emmanuel de Savoie met pour la première fois le pied en son royaume de Sardaigne. Protégé par la flotte de l'Amiral Nelson basée à La Maddalena, installé avec sa cour à Cagliari, le Roi reçoit l'allégeance des dirigeants sardes. Pour la reconstruction d'une force contre-révolutionnaire, de nouveaux impôts sont levés, qui ramènent l'économie de l'île là où les Espagnols l'avaient laissée : au point zéro.

Traditionnellement, les terres de culture et de pâture des villages sardes étaient divisées entre les villageois par un tirage au sort annuel.
L'Edit des Enclos de 1823 abolit cet ancestral système de propriété communautaire, pour faire place à la propriété foncière individuelle.
Selon cet édit, il suffisait à chaque paysan d'enclore une parcelle de terrain d'un muret pour en devenir définitivement propriétaire.
Hélas, le législateur n'avait pas considéré qu'un homme seul peut difficilement murer une pièce de terre assez grande pour assurer la subsistance de sa famille.
Les plus pauvres alignèrent donc les murets des plus riches et restèrent pauvres comme devant, participant à la constitution de vastes domaines fonciers : les "latifundia", qui allaient perpétuer le servage féodal.
Les premières mesures sociales :
En 1815, à la fin de l'épopée napoléonienne, les Rois piémontais sont de retour à Turin. Ils vont enfin considérer le bien-être de leurs sujets Sardes et tenter d'améliorer leur situation : Carlo Felice (1821-31) construit de Sassari à Cagliari une route qui porte encore son nom, et son successeur Carlo Alberto (1831-49) engage le processus de dé-féodalisation.
Mais le rachat des droits féodaux et communaux, financés par de nouveaux impôts, est loin de satisfaire la population qui accueille pourtant avec enthousiasme l'application de l'Editto delle Chiudende (Edit des Enclos) de 1823.
Cet édit pseudo-libéral va déposséder les communes au profit de grands propriétaires fonciers, souvent continentaux. Dans les latifundia ainsi créés, les paysans ne bénéficieront d'aucun droit et toute opposition sera considérée comme une insurrection justifiant les plus brutales répressions.
L'exploitation des mines reprend, menée par des sociétés étrangères.
De premières coupes forestières, pratiquées à ras, vont alimenter les usines qui se multiplient dans le nord de l'Italie et amorcer la déforestation complète de l'île.
Evidemment, la population ne tire aucun profit de ces développements économiques et reste dans une misère abjecte tandis que le banditisme sévit, sans honneur. Des milliers de Sardes commencent alors à émigrer vers l'Italie continentale et l'Amérique Latine.

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La Sardaigne Moderne
L'Ere Industrielle et Intellectuelle
La Première Guerre Mondiale
La Seconde Guerre Mondiale
La Région Autonome de Sardaigne
L'ère industrielle et intellectuelle:
En 1847, séduits par la montée du nationalisme libéral, les Sardes demandent et obtiennent l'abolition définitive du Carta de Logu d'Eleanora d'Arborea, pour bénéficier de la même constitution que le reste du Royaume.
En 1860, Garibaldi avec ses "chemises rouges" unit le sud de l'Italie au Piémont et, habilement conseillé par le ministre Cavour, Victor Emmanuel II Roi de Sardaigne unifie l'Italie en 1861. La Sardaigne est donc, légalement, mère de l'Italie moderne, assertion que contredisent tous les faits.
Au tournant des années 1870, la Barbagia ne survit que dans un état d'anarchie, auquel les vagues de sanglantes répressions n'apportent aucun remède.
Les médias continentales, en plein développement, induisent l'image d'un peuple arriéré, gens hirsutes s'abritant dans les antiques nuraghi. Le racisme ordinaire de la communauté scientifique de l'époque dicte que les Sardes forment une sous-race inintelligente et naturellement portée à la violence criminelle.
L'unité politique et le développement industriel profitent bien plus à l'Italie septentrionale qu'à la partie méridionale, à la Sicile et à la Sardaigne, où la misère reste complète et le banditisme endémique.
Des invasions de sauterelles aggravent encore cette tragique précarité et dans les villes gronde la révolte, comme celle de Su Connottu qui, en 1868, demande l'abolition du Traité des Enclos.
Réprimées dans un bain de sang, cette insurrection est encore chantée de nos jours avec les textes des poètes de l'époque : Rebeddu, Murru et Dessanay.
Heureusement, quelques progrès interviennent :
- une classe moyenne se forme dans les villes;
- les produits agricoles, laitages et autres, trouvent place sur le marché international;
- une première voie ferrée sarde est ouverte en 1874;
- plus d'enfants accèdent à l'éducation;
- les Casse de Rispiarmo (Caisse d'Epargne) consentent des prêts financiers aux particuliers.
Pendant la dernière décennie du siècle, le gouvernement national engage de grands travaux d'irrigation et soutient le crédit au secteur agricole. D'importants investissements optimisent le système éducatif et le développement commercial.
Le changement de siècle apporte également un élan intellectuel et artistique, qui fit connaître le génie sarde dans toute l'Europe :
- le poète Sebastiano SATTA (1867-1914), chantre de la résistance aux oppressions;
- l'écrivain Grazzia DELEDDA (1871-1936) qui décrit avec vigueur l'atmosphère tourmentée de la réalité sarde et dont l'oeuvre sera distinguée par un Prix Nobel de Littérature en 1926;
- Francesco CIUSA (1883-1949), lauréat de la Biennale de Venise en 1907;
- le juriste Salvatore SATTA (1902-1975), écrivain célèbre pour le chef-d'oeuvre international Le Journal d'un juge.

La Première Guerre Mondiale :
Un cinquième de la population sarde, formant le plus fort contingent italien, participe à la Première Guerre Mondiale où la Brigade de Sassari s'illustre par son efficacité, récompensée par de nombreux honneurs.
Emilio LussuDe retour au pays, des vétérans comme Emilio Lussu répandent l'idée que les Sardes sont plus aptes à décider de leur sort que les bureaucrates continentaux, quelles que bonnes aient pu être leurs intentions.

Aux élections de 1920, les organisations politiques sardes emportent les sièges de la moitié des circonscriptions de l'île et, en 1921, elles s'unissent lors du Congrès d'Oristano pour former le Partito Sardo d'Azione (PSA), voué à l'économie régionale, au développement social et au renouveau linguistique et culturel de l'île.
Les difficultés de l'après-guerre et les désillusions résultant du Traité de Versailles encouragent la montée du fascisme italien. En promettant l'autonomie à la Sardaigne, Mussolini y acquiert de nombreux supporters mais, quand le Duce révoque le Parlement italien, cette promesse est bien sûr oubliée.
En 1915 à Turin, l'étudiant Sarde Antonio Gramsci, natif d'Alès (Oristano), est rédacteur au journal socialiste Avanti!.
Son directeur, un certain B. Mussolini, quitte son poste la même année et renonce au socialisme.
Délégué de l'Internationale à Moscou, quand Gramsci revient en Italie il est condamné à 20 ans de prison. Mussolini recommande que les conditions de son incarcération soient "assez dures pour que son cerveau cesse de fonctionner".
Gramsci n'en remplit pas moins 3.000 pages de carnets et presque autant de lettres, avant de mourir, épuisé et malade, en 1937.
Gramsci est le premier marxiste qui, après Marx, ait envisagé le communisme comme un système évolutif et les goulags staliniens l'auraient accueilli si Mussolini ne les avait devancés.
L'oeuvre de Gramsci, empreinte d'humanité, s'élève contre la pensée dogmatique et les iniquités qu'elle génère.
Avec une fine compréhension des cultures contemporaines et de leurs modes éducatifs, Gramsci y dénonce le détournement du pouvoir populaire par les classes dominantes.
Le gouvernement de Mussolini n'en continue pas moins à améliorer les infrastructures de l'île : grands travaux d'assèchement des zones lagunaires et construction de barrages de retenue des eaux optimisent la gestion des ressources hydrauliques. L'industrie minière est modernisée, des ponts et des routes sont construits, de nouvelles villes sont fondées : Arborea (d'abord baptisée Mussolinia), Carbonia et Fertilia.

La Seconde Guerre Mondiale :
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Sardaigne reste à l'écart des champs de bataille. Mais l'aviation alliée pilonne Cagliari en avril-mai 1943, pendant les fêtes de Sant'Efisio pourtant célébrées dans une ville aux trois-quarts détruite.
Le débarquement n'a pas lieu en Sardaigne et les troupes allemandes déguerpissent avant que les alliés n'occupent l'île pacifiquement. Les représentants des partis antimussoliniens se retrouvent à Cagliari en 1944 pour fonder la Giunta Consultativa Sarda, qui sera reconnue comme Assemblée Régionale par la République Italienne en 1948. Enfin, un Statut Spécial fait de la Sardaigne une Région autonome.
Financé par la Fondation Rockefeller et réalisé par l'armée américaine, le traitement au DTT des zones infestées de l'île éradique la malaria, fléau millénaire.

La Région Autonome de Sardaigne :
Comme pour l'Italie méridionale et la Sicile, un comité pour le développement, la Cassa per il Mezzorgiono libère les énormes financements requis par la modernisation de l'économie.
Pourtant, jugé peu rentable, le patrimoine minier de l'île est abandonné et la fermeture des sites entraîne de nouvelles vagues d'émigration.
Dans un même élan auto-colonisateur, le gouvernement régional subventionne l'arrachage de l'antique vignoble sarde, alors que la viniculture continentale est optimisée.
En 1962, le plan d'investissement Rinascita active l'essor industriel, qui se traduit par la construction de complexes pétrochimiques fortement polluants et au personnel réduit, faisant dire à de nombreux Sardes que ces implantations ont été réalisées dans l'île parce que les continentaux n'en voulaient pas chez eux. Bien que ces industries aient eu peu d'effets sur l'économie locale, la récession qui suivit les chocs pétroliers des années 70 a été, elle, parfaitement ressentie.
A la fin du XX° siècle, malgré les efforts consentis de part et d'autre de la mer Tyrrhénienne, et bien qu'une gouvernance de gauche ait assuré les droits sociaux de la population, la gestion politique reste empreinte de népotisme et de corruption, l'indépendance énergétique et financière n'est qu'un mythe récurrent. En bref, l'économie sarde n'a pas décollé et le chômage sévit avec ses séquelles habituelles : marginalisation des jeunes et insécurité urbaine, tandis que l'émigration continue à drainer les forces vives du pays.
L'accès au réseau global de communication demeure aléatoire et le passage à l'ère numérique relève de la prospective futuriste, alors que le livre reste une des denrées les plus chères du marché insulaire.
La rénovation du vignoble replanté, la modernisation de la production fromagère, la diversité de l'artisanat, la prodigalité du potentiel touristique, suffiront-ils à la Sardaigne pour faire face à l'Europe unie, au marché global et aux mystères du XXI° siècle
 ? L'Ile du Silence en a connu d'autres, plus difficiles, et la nation sarde est riche d'une intemporelle sagesse, garante de son avenir.

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